29 septembre 2009

En route pour Kauehi

Ia orana les amis, ça me fait plaisir de vous retrouver après 2 mois d'absence.
2 mois pendant lesquels, nous n'avons pas beaucoup bougé, puisque nous venons d'arriver à Tahiti après notre escale de 7 semaines à Kauehi.
Cette escale, je peux dire que nous l'attendions depuis quasiment 6 ans. Kauehi, c'est le nom de code que nous avons donné à ce projet de voyage, c'est un pseudo sur internet que j'ai utilisé quasi quotidiennement durant ces 6 dernières années …
Pour me remettre dans l'ambiance et pour vous y introduire, voici ce que j'écrivais le 19 novembre 2003 :

" Je suis de quart sur la seconde partie de la nuit, il est 4H30 du matin et j'aperçois, avec les premières lueurs du jour, les motus de KAUEHI. Une heure plus tard, il fait jour, je vois nettement à présent l'atoll. La tension monte. 6H30, nous entrons la passe, l'émotion est à son comble, nous allons toucher terre après 4 jours et 14 heures de mer, et toucher terre, pas n'importe où, à KAUEHI pour la quatrième fois. L'excitation à bord est unanime, Manu avec qui on a découvert l'année passée cet atoll de rêve, est fou de joie. 9H00, nous débarquons retrouver Christelle et Sylvain, arrivés la veille et déjà les premiers Ia Orana de nos amis de KAUEHI, nous réjouissent. Arrivés à l'école, les hurlements des enfants à l'école " Leo !, Leo ! , Nathalie !, Jérôme ! " semblent nous dire, " Bienvenue à la maison ", la magie de KAUEHI opère une fois de plus, nous sommes aux anges, et peut-être bien à la maison … "

Alors oui, dire qu'on a traversé le Pacifique pour retourner en Polynésie et retrouver Kauehi, ça n'est pas exagéré.

Mais faut croire que le Paradis se mérite, car 6 jours après vous avoir écrit de Makemo, voici le rapport de mer que nous adressions à …. notre compagnie d'assurance :

" Jeudi 30 juillet, vers 16H00 nous levons l'ancre de notre mouillage à Makemo (Tuamotu, Polynésie Française), situé à 200 m à droite de la passe Tapuhiria pour nous rendre à Kauehi. C'est en allant vers la passe, pour la prendre, que nous avons été déportés par le courant sortant et que nous avons heurté une patate de corail, vers 16H30.
Le catamaran a touché la patate de corail et s'est posé dessus sur toute sa longueur. Plus précisément, le catamaran, après avoir traversé la patate de corail, s'est posé sur ses talons d'échouage, dérives et safrans.
Nous avons essayé de faire marche arrière mais nous étions bloqués, pris dans la patate. Nous avons plongé pour constater la situation et nous avons pu vérifier immédiatement que nous n'avions pas de voie d'eau. Nous avons alors immédiatement immobilisé le bateau à l'aide de 4 ancres, positionnées à chacune des extrémités des coques, de sorte de limiter le ragage du bateau sur le corail.
En même temps, nous avons appelé à l'aide du téléphone satellite, le village pour demander assistance. Le 1er adjoint au maire de Makemo ainsi que le policier de Makemo ont pris contact avec le MRCC (centre coordinateur des secours en mers de Polynésie française).
Un bateau à moteur d'une puissance de 250 CV a été dépêché avec 5 hommes à bord. Le bateau et l'équipage sont arrivés vers 20H00. La marée remontait depuis une heure. Les hommes ont déblayés au maximum le chemin (en enlevant les patates de corail qui se trouvaient sur le chemin de dégagement) avant de tirer le catamaran par l'arrière et de l'extraire de la patate. Il était environ 22H00 quand nous avons été dégagés. Nous avons rappelé le MRCC pour le tenir au courant et préciser que le bateau et l'équipage étaient hors de danger.
Le bateau moteur nous a ensuite conduit dans un mouillage protégé et est resté à nos côtés pour la nuit, en veille. Au matin, à la lumière du jour, nous avons pu faire un examen plus précis des dommages subis par le bateau. "

A la source du problème le courant, mais plus encore une erreur de cartographie.
Car Nathalie (la navigatrice) a rapidement constaté notre dérive sur Maxsea, notre logiciel de navigation, la carte indiquait en effet cette fameuse patate de corail mais à une profondeur de 2,2 mètres, pas à 80 cm. Le temps qu'elle sorte le nez dehors pour apprécier de visu la situation, nous étions posés …
A la barre, je n'ai pas vu la patate par manque de visibilité. Nous avions choisi cette heure de départ un peu tardive pour être dans la passe à l'étale de marée, c'est-à-dire au moment où il n'y a plus de courant dans la passe pour ne pas être chahutés en sortant.
Inutile de vous dire qu'on a eu très chaud ..., mais pas le temps de transpirer car il a fallu réagir vite et c'est ce que nous avons fait. En quelques minutes, après une première plongée pour analyser la situation, nous avons positionné nos ancres pour immobiliser le bateau.
Avec l'adrénaline, je peux vous dire que les ancres de 25 et 35 kilos, ça ne pèse pas si lourd que ça ;-) !
La suite, vous la connaissez.
Au final, pas mal de dégâts sous la coque, mais rien qui puisse nous empêcher de poursuivre la route. J'ai pu renforcer les endroits les plus touchés à l'aide de mastic epoxy, cette résine magique qui prend sous l'eau. Et nous sommes repartis, pour un ultime merci et au revoir au village de Makemo.
Et j'en profite pour les remercier encore, Félix et ses collègues, ces gens formidables qui nous ont prêté assistance avec générosité et bienveillance. En effet, après nous nous avoir conduit dans un mouillage protégé, nos 5 hommes ont tenu à passer la nuit auprès de nous pour s'assurer que tout allait bien à la lumière du jour.
C'est après un dernier repas familial avec nos amis paumotus Pierre et Miriama du village de Makemo, que nous avons repris la mer, le cœur guéri et le moral au beau fixe.

Sans doute, pour annihiler notre petite appréhension à reprendre la haute mer suite à notre mésaventure, Eole s'est montré clément, que dis-je seigneur !
La nuit a été exceptionnelle, lumineuse, na maka a filé, traçant sa route parfois à plus de 10 nœuds, en laissant derrière ses coques, des traînées de lumière verte en surfant la douce houle chargée de ses planctons phosphorescents.
C'est donc, rassurés, excités et très émus à la fois que nous sommes entrés dans la passe de Kauehi le 5 août dernier pour la cinquième fois.

Je vous retrouve très vite, pour vous raconter notre séjour au Paradis.
Nous en profitons, Papa, pour te souhaiter un très bel anniversaire.

Mégas bises à tous.

Jérôme

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